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Questions-Réponses autour de Falsos Positivos

dimanche 23 janvier 2011, par Abla Kandalaft

The film uncovers the shocking truth behind the phenomenon of the falsos positivos, or false positives, a term that outside a scientific context is used by Columbians to designate the civilians killed by the military and dressed up as guerillos to hike up the army’s FARC executions statistics. Incredibly, although the subject matter is uncompromisingly grim, this is no tear-jerker. The viewer is regularly treated to lengthy shots of “daily life in Columbia” to the beat of hip-jerking gems from the latin music scene. It is however uncomprimsing in its approach. Directors Simone Bruno and Dado Carrillo liberally dot the film with actual footage filmed by members of the victims’ families who, still panic-stricken, recorded every detail of their distressing discovery to document and report it. The film goes for shock rather than pathos, kicking a sense of indignation in its viewers. Here’s hoping for a wide circulation, fuelling debate and generating action.

Le film dévoile les horreurs du phénomène des faux positifs, un terme qui, hors du contexte scientifique, est utilisé par les Colombiens pour désigner ces civils tués par les forces armées et par la suite déguisés en combattants afin de gonfler les statistiques de FARC tués par l’armée colombienne. Le sujet est sinistre mais le traitement est loin d’être sombre. Nous avons droit à plusieurs scènes de vie quotidienne, le tout rythmé par une musique latina plutôt joyeuse. Le film n’en reste pas moins dur. Les réalisateurs Simone Bruno et Dado Carillo utilisent à plusieurs reprises des extraits filmés par les familles de victimes qui, bien qu’éplorées, cherchaient à tout enregistrer. Le film cherche à susciter choc et indignation et non pas à apitoyer. Espérons qu’il bénéficie d’une large distribution et qu’il encourage débats et action.

Séance débat suit à la projection de Falsos Positivos au Nouveau Latina à Paris, janvier 2010, avec Olga Gonzalez, sociologue à Paris 7 et Pascale Mariani, journaliste chez le Figaro qui a couvert les cas de faux positifs en Colombie.

Q : Le film a-t-il été projeté en Colombie ?

OG : Oui à Bogota. Mais c’est un sujet assez tabou en Colombie. Les falsos positivos sont pour la plupart des gens considérés comme des dégâts collatéraux. De plus, les gens ont peur d’être poursuivis. Depuis longtemps, la population a peur des représailles de l’Etat donc peu d’abus des droits de l’homme sont dénoncés. J’ajoute à cela que les victimes sont largement issues du milieu rural et du coup ont moins accès aux médias.

La consigne aux militaires était de tuer le plus de guerilleros possibles. Les conditions de vie des militaires sont très dures en Colombie ; tuer un guerillero leur vaut 5 jours de permission. Pour eux, il s’agit d’une offre suffisante pour accepter de tuer quelqu’un. Il y a eu des sanctions militaires mais pas au niveau gouvernemental. Le Président Santos est moins négationniste par rapport à l’existence des falsos positivos que quand il était ministre de la défense mais il ne prend toujours pas de responsabilité dans l’affaire.

Public : il faut préciser que le système de médias profite à ce statut quo, il porte la guerilla responsable de tous les maux et de toutes les violences.

OG : En effet, une impunité légale et un manque de sanction sociale profitent au tabou. Il y a une fracture entre ce qui se passe dans le milieu rural et le milieu urbain. Les crimes touchent surtout le milieu rural et les quartiers marginaux.

Public- Pouvez-vous tout publier au Figaro ?

PM : Quand je travaillais au Figaro ; on nous encourageait à aller sur le terrain. On est allés en Colombie et avec mon collègue on s’est rendus compte de ces cas isolés, des défenseurs des droits de l’homme qui nous racontaient ça, on l’a écrit et ça a été publié. Même en tant que journalistes, on était remis en cause, certains de nos collègues ne nous croyaient pas totalement.

Q : Quel est le rôle de la France dans tout ça ?

OG : Pendant des années les relations entre la France et la Colombie étaient tendues. Par contre les autorités colombiennes payaient des journalistes français pour masquer les incidents et éviter de signaler les abus. Maintenant les relations entre gouvernements sont plutôt bonnes. Le gouvernement colombien est vu comme parfaitement légitime aux Etats-Unis et en Europe. Le premier investisseur dans l’armement sont les Etats-Unis. D’ailleurs la Colombie est le premier destinataire d’aide à l’armement après Israel. Comme le montre le film ainsi que des documents publiés par wikileaks , la CIA était parfaitement au courant des exécutions de civils mais continuait à financer l’armée.

Public – Il y a une responsabilité à prendre par tous les Colombiens. L’abus sexuel des enfants est un fait très généralisé et banalisé.
-  Pensez-vous que la Colombie soit prête à un travail de mémoire ainsi qu’à un travail de pardon, nécessaires pour l’unification du pays ?

OG : Cano, à la tête des FARC utilise de plus en plus des moyens technologiques pour dialoguer. Il communique beaucoup par vidéo pour en appeler au dialogue. Mais il y a de nombreux obstacles à la paix. D’ailleurs la loi Justice et Paix qui a pour but de domestiquer les milices et les paramilitaires en fin de compte leur donne plus de droits et d’impunité. De plus il faut ajouter à cela un fort taux de chômage et le développement du travail informel qui encouragent les jeunes à s’engager de part et d’autre du conflit.

PM : en effet, pour beaucoup de jeunes il est mieux d’entrer dans la guerilla, avec des chances d’y mourir, que d’avoir la certitude d’être sans avenir.

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