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Les héritiers

vendredi 12 décembre 2014, par Clotilde

« Les héritiers », personne ne m’en avait parlé. Parfois, vous allez au cinéma pour l’excuse, parce que c’est sympa de partager un moment avec un(e) ami(e) et qu’il faut bien se trouver une excuse. C’est ainsi que se font sans doute les plus belles rencontres, celles dont vous n’attendez rien. Car la rencontre avec ces « héritiers » fut grisante.

« Les héritiers » m’a beaucoup fait sourire. Car on voit à l’écran ceux qu’on voit dans les classes. Avec leurs sincérités et leurs excès. Avec leur capacité aussi, à faire effectivement preuve de respect quand ils sont confrontés au Respectable. Les personnages du film se mêlent à la mémoire et sont une réplique tellement exacte des Lycéens… Ce réalisme bouleversant ne fonctionne que grâce au travail efficace et appliqué de Marie-Castille Mention-Schaar qui parvient ainsi à nous immerger totalement dans la classe de Seconde du Lycée Léon Blum à Créteil.

Pour réussir cette immersion, « Les héritiers » sort du « Cinéma » au sens esthétique du terme, où la glorification du sujet par l’image transporte vers des perspectives fantasmées. Au contraire, c’est un film du réel qui nous est livré comme un joyau brut qui n’a pas encore été taillé et dont les facettes se devinent sans nous éblouir. Mais je ne crois pas au hasard. « Les héritiers » dénonce précisément, à plusieurs reprises, la manipulation du spectateur par l’image. L’image glorifiée, l’image embellie, l’image prédicative. Vous ne verrez pas de ces images travaillées dans « Les héritiers ». Pas d’étourdissement donc. Uniquement la puissance du Vrai et beaucoup d’ambition.

Car même s’il ne nous éblouit pas de séquences « trop stylées », il est impossible de douter du rayonnement des Héritiers.

C’est par ailleurs une véritable revanche sur les clichés. Dans « Les héritiers », il y a de tout et les personnages passent d’un schéma à l’autre sans vraiment respecter les cases, bien que chacun ait une personnalité qui lui est propre. De plus, chacun des élèves nous est montré comme un vecteur d’influence sur ses proches et le groupe dans son ensemble.

Bien sûr, le film propose une vision optimiste du réel et la réalisatrice a cédé à certaines tentations, comme la séquence du héros musulman qui efface les insultes antisémites. Mais il ne faut pas nier l’existence de ces petits gestes dans le réel. Ils arrivent et c’est important de le montrer, plutôt que de donner à voir uniquement l’opposition comme c’est souvent le cas avec les tristes Actualités. Une opposition qui n’est d’ailleurs pas négligée et qu’on rencontre dans « Les héritiers », un film toujours honnête.

Le geste du héros nous est par ailleurs livré avec une autre vérité : il agit car les insultes touchent des individus qui lui sont proches et avec lesquels il souhaite maintenir le lien… pour des raisons très personnelles. De fait, « Les héritiers » traite essentiellement de ce lien à l’autre. Et du rapport à la connaissance de l’autre par la plongée dans une réalité documentée. L’épigramme des Héritiers est d’ailleurs : « En comprenant l’Histoire, ils vont forger la leur ». Il est vrai que si nous perdons le lien avec l’autre, nous pouvons sans nous en rendre compte le stigmatiser, lui assigner une identité qui n’est pas la sienne mais un stéréotype, et cela est aussi montré dans le film… « Les héritiers » nous présentent toujours les deux visions d’une même question, le prisme individuel étant complètement mis à nu pour justifier chaque acte, ou presque. Un seul acte présenté dans le film restera sans explication, sans doute car il y a des actes qui dépassent certaines frontières et ne peuvent plus être expliqués. Chapeau bas à la réalisatrice qui réussit ainsi à couper tout lien avec une éventuelle velléité de propagande idéologique et met en évidence le jeu de funambule que doit mener à bien l’Ecole pour que chacun y ait sa place.

(c) Guy Ferrandis - UGC Distribution

Après avoir vu le film, il ne vous paraîtra ni surprenant ni étrange d’apprendre que « Les héritiers » est inspiré de l’histoire d’Ahmed Dramé, interprète de Malik dans le film, jeune de Créteil ayant lui-même traversé la classe de Seconde du Lycée Léon Blum il y a seulement 5 ans. Et que « Les héritiers » est d’abord issu de son rêve d’écrire des scénarios de films, de ses démarches personnelles auprès de réalisateurs, de son envie de témoigner sur cette année particulière, sur cette enseignante anti-morosité, sur ce Concours National de la Résistance et de la Déportation qui l’a transformé, lui. Il en a aussi tiré un livre dont le titre vous en révèlera un peu plus sur son sentiment personnel : « Nous sommes tous des exceptions. » (éditions Fayard)

« Les héritiers » est une leçon pour chacun de nous. Une leçon du succès, de la foi et de l’espoir. Une leçon aussi contre le racisme. Car oui, le noir de cité PEUT. Oui un noir de cité peut gagner un concours, oui un noir de cité peut écrire un film, oui un noir de cité peut aimer Goya, oui un jeune de banlieue peut réussir, sans voler des téléphones ou des voitures… S’esbaudir du truisme est d’un désuet !

Peut-être que « Les héritiers » est fait de trop d’Humanité et qu’une trop belle « happy end » attend notre Jeunesse… Ou peut-être qu’il est temps d’entendre ce message de bienveillance et de respect à l’égard de l’autre ? Pourquoi ne pas rejoindre la Fraternité ?

Dir : Marie-Castille Mention-Schaar, 2014

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