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BREAKFAST AVEC LA FUGUE - Clermont-Ferrand 2014 (Eng/Fr)

Wednesday 19 February 2014, by Clotilde

Entretien avec Jean-Bernard Marlin, réalisateur de La fugue

Sabrina, votre personnage principal, dans l’attente de son jugement, est accompagnée par un éducateur qui l’encadre et la coache. La description du métier d’éducateur et les attitudes des jeunes présents dans La fugue semblent particulièrement réalistes. Avez-vous été vous-même éducateur ? Avez-vous entrepris des démarches à l’écriture pour pouvoir être au plus proche de la réalité ?

Cette fiction fut précédée d’une démarche documentaire dans des foyers de la protection judiciaire de la jeunesse. J’ai passé du temps avec des jeunes en difficulté et des éducateurs, c’est un travail que j’ai mené pendant plus d’une année et j’ai veillé à ce que mon film soit conforme à ce que j’ai vu et ressenti à ce moment-là.

Pourriez-vous resituer les étapes juridiques : Comment expliquez-vous que le travail de réinsertion professionnelle se fasse avant le jugement ?

Une affaire judiciaire peut prendre du temps avait d’être jugée. Plusieurs mois s’écoulent parfois avant une audience au tribunal, c’est-à-dire entre le moment du délit et la décision de justice. Un travail éducatif est donc mené pendant ce temps-là.

Dans La fugue, finalement, Sabrina est jugée davantage sur son comportement face au juge que pour les faits. Auriez-vous pu faire un autre film, avec des faits beaucoup plus graves ?

Non, Sabrina est jugée pour les faits qui lui sont reprochés, mais aussi pour les faits antérieurs -elle est en sursis, elle a déjà été jugée pour de nombreux autres délits. D’où l’agacement et la dureté de la juge. Le jeu de la comédienne, son attitude revêche au moment du procès était fondamentale pour qu’on puisse comprendre la situation de déni du personnage.

Du début à la fin de La fugue, vous arrivez à créer un climat d’incertitude très prégnant. A aucun moment on ne peut prédire la réaction de Sabrina. Comment avez-vous réussi à créer cet effet de funambule ? Quelles données étaient fixées en termes de rythme (scénario, montage), de direction d’actrice et de cadrages ?

Oui, j’ai ressenti d’une manière très forte ce climat d’incertitude au moment de mon travail avec des jeunes en difficultés et j’avais envie de rendre ce sentiment dans La Fugue. C’était le parti pris premier du film : rendre cette sensation. J’ai donc donné un caractère d’imprévisibilité au personnage de Sabrina au moment de l’écriture. Puis, au tournage, j’ai dirigé et poussé Médina Yalaoui, la comédienne qui interprète Sabrina, à être parfois imprévisible, en réaction face aux situations du scénario et à ce que j’avais écrit.

Le directeur de la photographie était également dirigé comme un comédien. Il a participé à donner cette liberté au film en restant attentif à filmer l’inattendu, à ce qui était aussi en dehors du scénario. Ensuite, avec le monteur, nous avons réécrit le film en travaillant ce climat d’incertitude, tout en gardant un récit tendu et tenu.

Le jugement des mineurs se situe toujours quelque part entre éducation et répression. A quel moment l’éducation perd-t-elle pied face aux réalités de ces enfants ? A quel moment la répression est-elle une bonne solution ? La répression peut-elle enfermer un jeune dans une spirale de délinquance ? Et l’éducation ?

La répression n’est jamais une bonne solution et, d’après ce que j’ai vu, la justice des mineurs est extrêmement attentive à ne pas incarcérer trop vite un mineur. Elle fait de son mieux pour chercher des alternatives et proposer des mesures éducatives. Mais si les délits commis sont graves, elle se retrouve dans une situation délicate, difficile, voire même « incohérente ». Le travail éducatif mené par un éducateur peut être alors contredit par une incarcération soudaine. La Fugue montre justement ce genre de situation.

English version

Sabrina, your main character, is mentored by a case worker. The depiction of social work and young people’s attitudes are particularly realistic. Have you worked in this field? What steps did you take to paint this world so accurately?

I had spent some time with young people at risk and their case workers in legal advice centres. This is work I undertook in just over a year and I made sure the film depicted what I saw and felt there.

Can you explain all the legal steps and why rehabilitation efforts are undertaken before the sentence is passed?

A legal case can take a long time to unfold. It can take months from the time of the crime to reach a sentence. This educational work is thus undertaken during this period.

In La Fugue, Sabrine is judged more on her behaviour towards the Judge than she is on her actions. Would you have been able to make a similar film had her actions been much more serious?

No, Sabrina is judged on her actions at that moment but also on previous offences. Her case is being assessed in light of these previous offences. This is why the Judge is so strict; her behaviour, her churlish attitude during the trial are essential in revealing to what extent she is in denial.

From the start of the film, you manage to create a feeling of uncertainty. It is impossible for us to predict Sabrina’s reactions. How did you work with the actress, the script and the editing to achieve this?

Indeed, I felt this climate of uncertainty when I was working with these young people and I wanted to reproduce it in La Fugue. I wanted the audience to get this feeling from the film. I made Sabrina unpredictable when I was writing the script. And when we were shooting I really pushed Médina Yalaoui, the actress who plays Sabrina, to become more unpredictable in her reactions to the script.
The DOP was also directed like an actor. He had to expect the unexpected when filming. We then re-wrote it with the editor to include this element.

The sentencing of minors sits uneasily between punishment and rehabilitation. When do you think the legal system should lean towards one over the other? Would you think punishment is sometimes a solution? Or does it lead to the minors re-offending?

Punishment is never a good solution but from what I’ve seen, the legal system in this country is very careful not to rush things when it comes to incarcerating minors. Educational alternatives are always preferred but when the crimes committed are very severe, the response is difficult and sometimes incoherent. The educational approach is then curtailed by a sudden incarceration. La Fugue portrays this.

Pour voir La fugue, rendez-vous aux séances de la Compétition Nationale F8

More on the film in Télérama:

http://www.telerama.fr/cinema/regar...

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